Tangmere : Hawker Week-end

juillet 2005

Le Gloster Meteor IV qui a battu le record du monde de vitesse en 1946. à 990 Km/h.En arrière plan, le Hawker Hunter rouge, détenteur en 1953 du record du monde de vitesse, avec 1165 Km/h.

Les 9 et 10 juillet, le Musée aéronautique de Tangmere fêtait le 70eme anniversaire du premier vol du Hawker Hurricane. C' était l' occasion d' évoquer l'histoire de la base, qui a été le site des premiers records de vitesse au début des années 50, avant d'être désaffectée vers 1970. C' était aussi l'occasion de visiter ou de revisiter le musée, et de célébrer une fois de plus la Bataille d'Angleterre. Car situé dans la partie occidentale du Sussex, à quelques kilomètres de Chichester, Tangmere a été l'une des bases les plus actives de la Bataille d'Angleterre

La Bataille d'Angleterre tient une place particulière dans le coeur des Britanniques. Avec de faibles moyens, l'Angleterre, restée seule face à l'Allemagne, parvenait de justesse à repousser l'invasion, Symbole de la résistance à l'envahisseur, la Bataille d'Angleterre est une victoire que les Britanniques ne doivent qu'à eux-mêmes, et aux pays du Commonwealth. On a beaucoup parlé de la poignée de pilotes qui ont sauvé l'Angleterre aux commandes de leur Spitfire, entre le 12 juillet et le 31 octobre 1940, et sans doute Churchill, par sa déclaration célèbre "never was so much owed by so many to so few", a-t-il contribué à répandre la légende. Car il s'agit là d'une vision utile sur le plan politique, mais inexacte d'un point de vue historique, et les Anglais ne s'y trompent pas. Ils savent que la poignée de jeunes pilotes correspondait tout de même à plus de 2000 hommes, pilotes certes mais aussi observateurs, mitrailleurs, soutenus par un personnel au sol bien plus nombreux encore, et que chaque civil, de l'Air Raid Warden au mineur de fond, a contribué à la victoire. Ils savent que ces pilotes n'étaient pas tous jeunes, il s'en faut de beaucoup, et qu'à l'été 1940, le fer de lance du Fighter Command était constitué de sous-officiers expérimentés. Ils savent aussi que ce n'est pas le Spitfire, mais le Hurricane, qui constitue l'essentiel de la chasse britannique : 1715 Hurricane ont participé à la bataille, en plus grand nombre que tout autre type d'avion, et les 4/5e des avions allemands abattus l'ont été par des Hurricane. Ils savent aussi que parmi les "few", se trouvait un nombre important de volontaires étrangers incorporés dans la RAF, originaires de nombreux pays hors Commonwealth : Polonais, Tchèques, Américains, Français... Les dates retenues officiellement pour définir la bataille sont symboliques, mais beaucoup trop restrictives, car les combats pour libérer le ciel de l'Angleterre ont duré bien plus longtemps. Cette bataille est en fait la victoire d'un peuple et de ceux qui ont cru en lui dans les jours les plus sombres. Les Britanniques ne manquent pas de rappeller lors de chaque commémorations.

Les survivants de la Bataille d'Angleterre ne sont plus légion. Il est grand temps de recueillir leurs souvenirs.
En effet, les Anglais ne perdent jamais une occasion de célébrer la Bataille d'Angleterre, et de communier dans le culte de la l'Angleterre éternelle. On oublie pour un temps les tracasseries de Bruxelles, la perte de l'Empire, la généralisation du système métrique, le thé en sachets et la monnaie décimale pour se replonger dans un passé glorieux, et retrouver une identité mise à mal par l'uniformisation des modes de vie.
Des visiteurs se reposent, avec en arrière-plan, un Supermarine Swift FR5
Rares sont les victoires qui sont remportées sans faire quelques sérieuses entorses aux lois morales, populations civiles sacrifiées, prisonniers exécutés ou blessés ennemis achevés. Et même si ces actions ne sont pas nécessairement le fait de la sauvagerie et peuvent être dictées par les nécessités de la guerre, il est toujours difficile de se glorifier d'une victoire obtenue dans ces conditions. La Bataille d'Angleterre est à cet égard une exception : la cause était juste, car l'Angleterre luttait pour sa survie, sur son propre sol, et devait faire face à un bombardement aérien qui touchait indisctinctement civils et militaires en armes. Les moyens étaient légitimes, car aucun Allemand n'a été tué qui n'était un combattant en uniforme. Pour autant, ils ont souffert, car il est des morts plus douces que de partir brûlé vif dans un avion qui part en vrille. Néanmoins, les Anglais n'ont jamais eu à faire usage de moyens moralement discutables telles que le napalm, les bombes incendiaires, le lance-flamme ou les mines anti-personnel. C'est sans doute l'une des raisons qui font de la Bataille d'Angleterre le symbole de la fierté nationale.
Les étals d'associations et de particuliers, avec le bric-a-brac habituel de ce genre de manifestations : vieux livres poussiéreux, d'un intérêt variable, objets d'époque (mais on ne sait pas laquelle)...

Cette MG TD immaculée évoque les beaux jours de la construction automobile britannique. La petite Ford Escort blanche était l'un des modèles des plus populaires au début des années 1970.

La base aérienne de Tangmere, haut lieu de la Bataille d'Angleterre, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Les terrains sont revenus à leur destination agricole, et les constructions ont presque toutes disparu. Elle abrite aujourd'hui un de ces nombreux petits musées aéronautiques des Iles Britanniques qui survivent grâce au dévouement de bénévoles et à la générosité publique. Le club local exposait quelques voitures anciennes ou classiques, symboles de l'automobile britannique, à l'époque où British was best : on pouvait admirer une Daimler Dart, une MG TD, une MGA, une Triumph TR4, une Dolomite, une Austin Seven, une Rover P6 V8, une Morris Minor Traveler, autant de noms disparues. De touts les constructeurs britanniques, seul Ford a échappé à la déconfiture de l'industrie automobile en Grande Bretagne. Ford se trouvait représenté par un modèle A d'avant-guerre et une Escort Mark I, bien modeste, mais maintenue en parfait état par son propriétaire. Divers étals de particuliers ou d'associations proposaient à la vente des objets plus ou moins en relation avec la guerre : vieux livres, vieilles revues, objets poussiéreux, photographies. Mais qui sait si un trésor ne de dissimule pas sous tout ce bric à brac ? Sur son stand, la Hawker Hurricane Society rappelait le rôle irremplaçable du Hurricane, fidèle cheval de trait de la RAF, exemple à bien des égards du pragmatisme anglais.

On pouvait s'exercer au simulateur de vol, en suivant les conseils d'un technicien de chez Hawker, visiter le musée, visionner un film sur le rôle du Hurricane pendant la Bataille d'Angleterre, et déjeuner à la Cantine, dont le personnel, peu habitué à semblable affluence, était visiblement débordé... On remarquait dans les visiteurs beaucoup de personnes âgées, qui avaient manifestement connu la guerre, mais aussi des plus jeunes, amateurs d'histoire militaire, passionnés de l'aviation, ou tout simplement Britanniques et fiers de l'être. La radio de l'Hopital était présente, et diffusait les succès des années 40. Parmi les invités, quelques rares survivants de la Bataille d'Angleterre, tels cet ancien pilote de Hurricane, qui accordait un entretien à la veuve d'un autre vétéran, tous deux écoutés dans un silence respecteux, et largement applaudis. Le soleil était au rendez-vous, et la chaleur inhabituelle. Était-ce la raison pour laquelle le PZ 865, "The last of many", qui devait faire quelques passages au-dessus de Tangmere, a eu quelques problèmes de radiateur ? Toujours est-il que le vol du samedi a été annulé, et qu'il fallut attendre le dimanche pour admirer en vol le dernier des Hurricane.

Une superbe Ford type A, de 1930, comme il en circulait encore en Angleterre en 1940.

Un ancien pilote de Hurricane avec en arrière plan, le Scout Car Ferret du musée.

A lire :
Le Hawker Hurricane

Les Hurricane canadiens de la Bataille d'Angleterre : un article en ligne de Ph. Rouyer sur History4war.
et bien entendu la "Bible" : Francis K. Mason.- Hawker Hurricane.
Crecy Publications

Souvenirs de la guerre aérienne
The Air War in retrospect Index